En avril 2026, la commission des pétitions du Parlement européen a tenu une audition concernant une pétition déposée par une cheffe d’entreprise de Saint-Martin, qui dénonce des irrégularités dans l’attribution de fonds européens destinés au traitement et à la gestion des sargasses sur l’île. Cette audition a mis en lumière des dysfonctionnements potentiels dans l’utilisation des financements européens dans les territoires ultramarins.
Des sargasses, un fléau devenu enjeu politique
Depuis plus d’une décennie, les côtes de Saint-Martin, de Guadeloupe, de Martinique et d’autres territoires caribéens sont régulièrement envahies par d’immenses quantités de sargasses — ces algues brunes qui s’échouent sur les plages, dégagent du sulfure d’hydrogène en se décomposant et causent des dommages considérables à la pêche, au tourisme et à la santé des populations. Des fonds européens ont été mobilisés pour financer des dispositifs de collecte et de traitement, mais leur gestion a suscité des questions.
L’eurodéputé Rody Tolassy, présent lors de l’audition, a estimé que des malversations étaient possibles dans le cadre de ces contrats, tout en appelant dans un premier temps à la prudence sur la procédure, avant de se rallier à la position des élus favorables au maintien de l’enquête ouverte. La commission des pétitions a décidé de poursuivre l’examen du dossier.
Un révélateur des fragilités dans la gestion des fonds
Au-delà du cas spécifique de Saint-Martin, cette affaire met en lumière une problématique structurelle bien connue des territoires transocéaniques : les difficultés récurrentes dans l’absorption, la gestion et le contrôle des fonds européens. Des procédures complexes, des capacités administratives locales souvent insuffisantes face au volume et à la technicité des exigences européennes, des délais de mise en œuvre sources de risques d’irrégularités — autant de facteurs que l’IDRECOM entend documenter et analyser dans ses prochains travaux.
Cette affaire soulève enfin la question plus large de la valorisation des sargasses. Transformer ce fléau environnemental en ressource économique — matériaux de construction, engrais organique, biocarburants — est une piste sérieuse et prometteuse. Plusieurs projets sont à l’étude dans les territoires, mais leur développement nécessite une gouvernance solide, une traçabilité rigoureuse des financements et un accompagnement institutionnel à la hauteur des ambitions. C’est à ces conditions que les fonds européens pourront pleinement jouer leur rôle de levier de développement pour nos territoires.

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