Le marché du travail en Martinique — IDRECOM
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9e Journée d’étude IDRECOM · Nos publications
Le marché du travail en Martinique : entre tensions structurelles et signaux d’évolution
État des lieux de la demande d’emploi, des besoins en main-d’œuvre et des publics spécifiques, présenté lors de la 9e journée d’étude IDRECOM consacrée à l’emploi dans les territoires transocéaniques.
ContributeurPaul-Eddy PAULIN
FonctionDirecteur de la stratégie et des relations extérieures
France Travail Martinique
Intervention9 juin 2025
Publication en ligne31 mars 2026
Lors de la 9e journée d’étude IDRECOM consacrée à l’emploi dans les territoires transocéaniques, Paul-Eddy Paulin, directeur de la stratégie et des relations extérieures à France Travail Martinique, a présenté un état des lieux détaillé du marché du travail local. Ces données, produites dans le cadre d’une réflexion collective associant chercheurs, institutions et acteurs de terrain, éclairent à la fois les fragilités structurelles et les dynamiques positives à l’œuvre sur le territoire. Avec un taux de chômage de 12 % et près de 42 000 demandeurs d’emploi inscrits, le marché martiniquais reste sous tension — mais des signaux encourageants se dessinent : hausse des offres d’emploi, dynamisme sectoriel et montée en qualification des jeunes demandeurs.
12 %Taux de chômage
42 000Demandeurs d’emploi
50 %Chômage longue durée
3 280Offres d’emploi (avril)
13 300Projets de recrutement
+33 %Progression des offres / an
I. Vue d’ensemble de la demande d’emploi
Le marché du travail martiniquais se caractérise par un volume de demandeurs d’emploi en légère progression (+1,7 %), atteignant environ 42 000 personnes inscrites à France Travail. La moitié d’entre elles se trouvent en situation de chômage de longue durée, signe d’un marché sélectif où les trajectoires d’insertion peuvent être particulièrement longues.
Si le niveau de qualification de la demande d’emploi reste globalement inférieur à la moyenne nationale, la proportion de personnes sans diplôme est légèrement moindre qu’attendu. Toutefois, de nombreux demandeurs cumulent des freins périphériques importants — notamment les familles monoparentales, très présentes en Martinique, pour lesquelles l’accès à la garde d’enfants constitue un obstacle réel à la reprise d’activité.
Répartition de la demande d’emploi — profils clés
Source : France Travail Martinique, données 2024–2025
II. Les jeunes demandeurs d’emploi : un profil distinct
Les jeunes demandeurs d’emploi (15–25 ans) représentent environ 15 % de la demande globale, soit 6 185 personnes. Ce public présente des caractéristiques sensiblement différentes de l’ensemble des inscrits.
On note d’abord une parité quasi parfaite selon le sexe (51 % de femmes, 49 % d’hommes), contrastant avec la répartition observée dans la population générale des demandeurs d’emploi. Leur niveau de qualification est supérieur à la moyenne : là où le niveau CAP prédomine dans la demande globale, les jeunes se situent en moyenne à un niveau Baccalauréat professionnel. Seuls 5 % sont dépourvus de toute qualification, et seulement 10 % sont bénéficiaires du RSA.
Profil des jeunes demandeurs d’emploi vs. demande globale
Source : France Travail Martinique, données 2024–2025
À noter : Les jeunes martiniquais en recherche d’emploi présentent un niveau de formation supérieur à celui de l’ensemble des demandeurs, ce qui plaide pour des dispositifs d’insertion adaptés à leur profil qualifié.
III. L’offre d’emploi et les besoins en main-d’œuvre
Du côté de l’offre, le marché enregistre une progression notable. Au mois d’avril, 3 280 offres d’emploi étaient recensées, soit une hausse de 33 % sur un an. La majorité de ces postes concernent des emplois durables (CDI ou CDD longs), témoignant d’une certaine solidité de la demande exprimée par les employeurs. Les secteurs les plus représentés sont la restauration (portée par la saison touristique), le commerce, les services à la personne et l’entretien.
L’enquête « Besoins en Main-d’Œuvre » (BMO) de France Travail confirme cette dynamique : 13 300 projets de recrutement sont exprimés par les entreprises, avec une concentration marquée dans les services aux particuliers (45 % des projets).
Projets de recrutement par secteur (BMO) — en % du total
Source : Enquête Besoins en Main-d’Œuvre, France Travail Martinique
Tension sur les recrutements : 53 % des projets de recrutement sont jugés difficiles à pourvoir, bien que ce taux soit en diminution. Sur le plan géographique, 45 % des projets se concentrent dans le centre de l’île, où l’activité économique est la plus dense.
IV. Les catégories F et G : un nouveau cadre statistique
Dans le cadre de la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi, deux nouvelles catégories statistiques ont été créées : les catégories F et G. Elles permettent d’identifier les personnes engagées dans un parcours d’insertion sociale, pour lesquelles des freins importants doivent être levés avant qu’une intégration dans l’emploi soit possible.
Issues des travaux d’un groupe de travail réunissant la Dares, France Travail, l’INSEE et des représentants associatifs et syndicaux, ces catégories sont apparues pour la première fois dans les publications statistiques du premier trimestre 2025. Elles feront désormais partie du suivi régulier, permettant une meilleure granularité dans l’analyse des publics éloignés de l’emploi.
V. Leviers d’action pour l’inclusion professionnelle
Le marché du travail martiniquais, bien qu’étroit et sélectif, n’est pas dépourvu de dynamiques positives. Plusieurs leviers d’action sont identifiés pour renforcer l’insertion professionnelle des publics les plus éloignés de l’emploi :
- Valorisation des compétences avant les CV — des dispositifs permettent d’évaluer les savoir-faire en situation de travail, contournant les obstacles liés à la qualification formelle.
- Rencontres directes employeurs-candidats — des formats de mise en relation immédiate facilitent l’accès à l’emploi pour des publics peu à l’aise avec les processus de candidature classiques.
- Accompagnement des freins périphériques — garde d’enfants, mobilité, santé : des actions coordonnées permettent de lever progressivement ces obstacles, en particulier pour les familles monoparentales.
- Mobilité professionnelle et excellence — encourager la mobilité géographique et sectorielle, valoriser les parcours d’excellence et anticiper les transformations des métiers constituent des leviers essentiels pour l’égalité des chances.
En conclusion
Le marché du travail en Martinique présente un visage contrasté. D’un côté, des fragilités structurelles persistantes : un taux de chômage de 12 %, une part significative de chômeurs de longue durée et des freins périphériques qui complexifient les parcours d’insertion. De l’autre, des signaux encourageants : une offre d’emploi en forte progression (+33 % sur un an), des besoins en main-d’œuvre exprimés et un niveau de qualification des jeunes demandeurs en amélioration notable.
La création des catégories statistiques F et G marque une étape importante vers une meilleure connaissance des publics les plus vulnérables. L’enjeu central demeure : accompagner chaque demandeur d’emploi selon ses besoins spécifiques, en articulant levée des freins périphériques, valorisation des compétences et mise en relation directe avec les employeurs. C’est à cette condition que le marché du travail martiniquais pourra pleinement répondre aux aspirations de ses habitants.
TagsMartiniqueEmploiChômageFrance TravailTerritoires ultramarinsBMOInsertion professionnelleJeunes
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